22/01/2007

Estonie-Norvège en VFR : sensations nordiques

Estonie-Norvège en VFR

                             Sensations nordiques

 

V11

 

(Côte suédoise, symbole des nombreux vols côtiers et maritimes effectués pendant ce voyage)

Trois pilotes ont réalisés un rêve : aller au delà du cercle polaire arctique en Cessna 172 de 180 ch. Un périple qui leur a enfin permis de découvrir la plus belle capitale balte, Tallinn, et de survoler les fjords norvégiens d’une incroyable beauté malgré une météo parfois chaotique.

 

Tallinn, capitale de l’Estonie, troisième pays balte au sud de la Finlande et à l’ouest de l’imposante Russie. Une ville qui mérite d’être vue. Le voyage : depuis l’Estonie, traverser la Suède et la Norvège, se poser à Bodo au delà du cercle polaire arctique et faire un saut sur les îles Lofoten. Itinéraire choisi : Belgique, Lübeck (Allemagne), Kristianstad (Suède), Visby, Tallinn (Estonie), Sundsvall (Suède), Bodo, Lofoten et retour par la côte norvégienne, riche en aérodrômes tous très bien équipés (ILS, radar, éclairage, essence), jusqu’à Kristianstad, Groningen et Belgique en dix jours.

Alternative de retour par les îles Shetlands à partir de Bergen et descente par la côte est anglaise.

 

Nous réservons le C172 de 180 ch. A injection, un quadriplace de voyage récent et bien équipé. Côté documentation, nous emportons le Bottlang des pays concernés, cartes IFR en route, quelques TPC bien pratiques pour le reliëf, cartes Jeppesen VFR pour l’Allemagne et les Pays-Bas et VAC Tallinn.

 

 

Escale indispensable à Visby

 

Jour 1 : Belgique – Kristianstad. Le voyage commence bien. Sur la toute première étape Liège-Maastricht-Osnabrück, nous bénéficions de 3000 ft de plafond et d’un vent qui nous pousse à 140 nœuds. Nous arrivons à Lübeck après 3h45 de vol. Ville natale de Thomas Mann, et de la pâte d’amande, proche de la côte baltique en Allemagne dont les batiments anciens sont inscrits au patrimoine mondial de l’humanité.

Le bureau de contrôle de l’aérodrôme est tenu par… un Tunisien, tout heureux de parler français avec nous. Il nous aide à remplir les quelques formalités : il n’y a pas de préavis, ni de douane pour la Suède qui fait partie de l’espace Schengen.

En 1h25, nous sommes à Kristianstad. Malgré un plafond limité à 2000 ft, le vent nous a encore avantagés pour cette première traversée maritime effectuée avec un suivi radar et par les points IFR, ce qui s’est avéré bien pratique en limite de TMA ou de FIR. La ville est jolie avec son quartier piétonnier, son parc, son théatre, mais, à 18 heures, tout est fermé et il fait froid. La soirée au pub nous réconforte.

 

Jour 2 : Kristianstad-Tallinn. Visby nous est familière. Ce bijou architectural inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO est la capitale de l’île de Gotland. Pour les pilotes, c’est une escale incontournable pour ravitailler. Nous y posons le Cessna après 1h40 de vol CAVOK par un vent très frais et achetons la « season card » 450 couronnes suédoises (48,35 €). Valable huit jours sur les terrains inscrits au verso, cette carte permet de régler les taxes d’atterrissage et est amorties après deux posés.

Deux heures vingt de vol plus tard, par beau temps, Tallinn est en vue. L’immensité de la piste et des installations nous surprend ; il y a peu de trafic. Une fois installés en ville, nous partons à la découverte de la ville haute fortifiée. On sent la fraîcheur et les jours qui s’allongent.

 

Jour 3 : Tallinn. Le mieux est encore le clocher de l’église Olaf pour visualiser la capitale. On dirait une citadelle. La ville basse est reconnaissable à ses toits de tuile rouge. On distingue nettement la cathédrale russe orthodoxe Alexandre Nevski et les bâtiments qui rappellent l’ex empire soviétique ceinturant le cœur historique. Heureusement, Tallinn se modernise ; nous ne sommes pas totalement dépaysés et les prix restent raisonnables par rapport à la Scandinavie. De retour à l’hôtel, nous consultons le site Internet de MétéoFrance et optons pour la route qui mène à Jönköping pour ravitailler et continuer en direction de Kristianstad ou Haugesund en Norvège.

 

 

 

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( Jönköping en Suède : 4h10 de vol depuis Tallinn, le plus long vol de tout le voyage ; les jolis toits de tuile rouge de la ville basse de Tallinn, la plus belle capitale des pays baltes)

 

Premier déroutement

 

Jour 4 : Tallinn-Stavanger. Le vol jusqu’à Jönköping sera le plus long de tout le voyage : 4h10. Le fuel flow, réglé à 10 gallons par heure nous donne une consommation d’environ 35 l/h. De retour en suède, il nous reste 54 litres d’Avgas 100LL. En revanche, les prévisions météorologiques nous inquiètent : une zone de basses pressions s’étend sur le pays. Un front est axé au centre et au nord, provoquant des conditions IMC et un risque de givrage.

Je reprends reprends les commandes pour la deuxième partie de ce vol, en principe, à destination de Haugesund. Dans le cockpit, la fatigue et l’énervement sont perceptibles. Et, comme prévu, la situation se dégrade après Göteborg. La traversée maritime à la pointe de Jütland danois pour rejoidre Kristianstad se fait sous un ciel chargé qui ne laisse présager rien de bon. La côte suédoise est couverte.

Nous tentons de rallier directement Stavanger par l’intérieur à 4000 ft pour éviter le reliëf, mais nous passons en IMC et devont immédiatement changer de cap pour finalement survoler la côte à 1000 ft mer. A l’aide du Garmin 296 dont la cartographie est d’une précision rassurante, nous posons les roues à Stavanger après 3h10 de vol. Décidément, lors d’un vol sur Trondheim au départ de Bergen, nous étions déjà déroutés sur ce terrain !

Il pleut. Le repas dans un restaurant turc est réconfortant.

 

 

Vol somptueux au dessus de la Norvège

 

Jour 5 : Stavanger-Trondheim. Aujourd’hui, les prévisions sont suffisamment bonnes pour nous remonter le moral et remonter jusqu’à Trondheim par la côte jalonnée de nombreux terrains de déroutement. Au fil des nautiques, le ciel s’éclaircit et nous laisse découvrir, extasiés, les fjords, la clarté de l’eau, la beauté de la lumière. Et, plus loin, la chaîne scandinave enneigée. Partout, ls îles sont reliées par des ponts et tunnels au continent. En effet, grâce à l’argent du pétrole de la Mer du Nord, les Norvégiens ont beaucoup investi dans les infrastructures routières et ils ont la chance d’avoir un des meilleur niveaux de vie du monde.

Nous avons tout le loisir d’admirer ces paysages de rêve car il y a peu de trafic. Le suivi radar se fait en gardant le même code transpondeur et les verticales terrains se font sans problème, à l’exception de Bergen et de Stavanger qui imposent un cheminement VFR qui passe de part et d’autre des pistes.

Ce vol somptueux s’achève au bout de 2h40 à Kristiansand dans le sud de la Suède.

Sur la carte TPC, Trondheim se situe au fond d’un fjord. Mais, en réalité, il est large et les collines qui l’entourent ne dépassent pas 2000 pieds. Pas de quoi en faire une montagne, en VMC du moins. Seul obstacle : la difficulté à comprendre la contrôleuse !

Il fait beau et cela nous incite à prendre une bière dans le quartier des maisons sur pilotis de l’autre côté du vieux pont.

 

 

 

 

V333

 

( Kristiansund, au centre de la Norvège, apogée d’un vol de rêve de 2h40 au dessus des fjords d’une grande beauté ; les maisons sur pilotis à Trondheim, situé au fond d’un fjord très accessible en avion léger)

 

 

Le cercle polaire en Cessna

 

Jour 6 : Trondheim-Bodo. Dans la nuit, il a plu. Ce changement de temps brutal nous fait douter de notre départ. Aussi, nous allons visiter la belle cathédrale gothique élevée sur les restes de St. Olav. Notre guide, Gaëlle, une Grenobloise, est trop heureuse de pouvoir parler sa langue. Pendant ce temps, la météo s’est améliorée et je reprends le manche pour ce vol vers Bodo. Jusqu’à mi-parcours, nous sommes de nouveau enchantés par la lumière, les fjords, et la pluie se remet à tomber. Cependant, nous avons encore 3000 ft de plafond et nous ne manquons pas de prendre la photo du GPS indiquant le franchissement de la ligne (symbolique) du cercle polaire arctique : N 66°. Après 2h25 de vol, nous atterrissons à Bodo sur un terrain désert par une météo maussade et fraîche. Jamais, nous n’avons atteint une telle latitude nord.

En 1993, nous n’avions pas dépassé le cercle polaire et nous nous étions posés en Régent à Rovaniemi, en Finlande, d’où est originaire… le père Noël ! L’enthousiasme retombé, une question se pose : comment dormir quand les nuits sont si courtes ?

 

Jour 7 : Bodo-Brönnöysund. Comme il bruine, nous en profitons pour découvrir le magnifique musée de l’aviation situé à une extrémité de la piste de l’aéroport, une base de l’OTAN. L’organisation du traité de l’Atlantique nord, créée en 1949 pour faire face au bloc soviétique, a financé une bonne partie de l’exposition. On y voit, bien mis en valeur, un Catalina, un U2, un Junkers 52…

En ressortant du musée, le soleil brille enfin. Vite, nous déposons plusieurs plans de vol pour les Lofoten. Mais, déception, en vol, les îles sont recouvertes par une couche nuageuse très basse et nous devons annuler par radio les plans de vol déposés pour Svolvaer, Leknes et Roost. C’est notre septième jour de voyage et l’obligation de ramener le Cessna à la date convenue nous empêche d’attendre un crénau météo. Dommage. Nous nous déroutons (pour la seconde fois) sur Brönnöysund que nous atteignons après 2h05 de vol par une belle lumière de fin d’après-midi. Sur ce petit terrain bien équipé, l’accueil est chaleureux.

 

 

Météo dégradée au sud de la Norvège

 

Jour 8 : Brönnöysund-Farsund. Cette étape nécessite un ravitaillement à Floro, atteint en 3h25 de vol. Là, je m’installe en place gauche, destination Kristiansand. Hélas, plus nous progressons vers le sud, plus le plafond s’abaisse. Je me maintiens en vue de la côte à 1000 ft mer, mais il y a parfois des barbules plus basses. Nous décidons de nous poser à Farsund. Grâce au GPS et à un bon alignement sur le loc de l’ILS, la piste bien éclairée apparaît droit devant nous. Quel soulagement de retrouver le sol après 2h30 de vol ! On ne trouve aucun service sur ce terrain désert, construit par les Allemands pendant la guerre et ancienne base de l’OTAN. Un taxi nous mène à notre hôtel au bord d’un petit fjord. Cette petite ville a sûrement du charme, quand il fait beau !

 

Jour 9 : Farsund-Groningen. 800 pieds à Kristiansand. La météo n’est pas encore bien fameuse, mais la tendance est à l’amélioration et les nuages localisés sur l’intérieur. Je longe donc la côte et j’ai encore recours à l’ILS pour me poser à Kristiansand au bout de 35 minutes. En comparaison, le vol sur Groningen (3h35) est tranquille. Nous survolons les îles Westerland et Helgoland, le long des côtes danoises et allemandes, qui révèlent de beaux paysages, mais bien loin de la féérie norvégienne. A l’arrivée, nous constatons combien l’aéroport de Groningen a changé en quelques années : aérogare, handling et l’AVGAS 100LL à… 2,09 € le litre ! Désagrément vite oublié lors de l’excellent dîner dans un restaurant de la grand-place, bien flamande. C’est notre dernière nuit loin de nos familles. Demain, retour à la maison.

 

Jour 10 : Groningen-Belgique. Sur notre route, de beaux villages, des moulins, le port d’Anvers.

Sur notre carnet : 38 heures de vol. Le détour par le sud pour rejoindre Bodo à partir de Tallinn nous a coûté sept heures de vol en plus, mais cela a amélioré la sécurité du vol et nous a permis de survoler la Norvège du nord au sud, dans les deux sens.

Mes copains et moi n’avons qu’une envie : retourner dans ce pays pour y faire des vols locaux, au-dessus des fjords et des montagnes à partir de Trondheim ou Bergen. Si la météo l’autorise et si l’on peut louer un avion de voyage…

 

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( En route vers Brönnöysund, un petit terrain fort bien équipé où l’on reçoit un accueil chaleureux ;  remarquable musée de l’aviation de Bodo, au-delà du cercle polaire, une ancienne base de l’OTAN ; le GPS du Cessna indique N 66° : c’est le franchissement de la ligne symbolique du cercle polaire)

 

 

La Scandinavie pratique

 

-         Météo : statistiquement, la deuxième quinzaine de mai est la période où il pleut le moins sur les îles Lofoten. Il fait d’ailleurs plus doux à Bodo que dans le sud de la Norvège. Sur la côte, la météo est variable ; elle oscille entre soleil et pluie, entre douceur et fraîcheur, vent ou pas. Mieux vaut prévoir plus de jours pour ces voyages VFR.

-         Essence : le prix de l’AVGAS 100LL varie de 0,90 €/litre à 1,05 €/litre en Suède, coûte 1,29 €/litre à Tallinn, de 1,37 à 1,67 €/litre en Norvège, et enfin, 1,83 €/litre à Lübeck.

-         Taxes d’atterrissage : la « season card » coûte 450 couronnes en Suède (48,35 €, 706 en Norvège (90,59 €), mais elle est amortie au bout de deux atterrissages dans les deux pays. Elle est valide un peu plus de huit jours et il faut bien vérifier les terrains qui l’acceptent au verso.

     -   Coût de la vie : en Norvège, un bon repas (plat, dessert, bierre) coûte entre 43 et 56 € par personne ; en Suède, comptez 30 € à Kristianstad. L’Estonie est meilleur marché. Pour un hôtel de catégorie intermédiaire, une chambre double ou triple vaut 120 à 160 €.