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28/11/2010

Air France met en cause Airbus dans l'accident du vol Rio - Paris AF447

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Air France décline toute responsabilité dans l'accident du vol Rio-Paris et accuse, dans un mémorandum transmis à la justice, Airbus et Thales d'être restés sourds à ses alertes sur les sondes Pitot.

La défaillance de ces sondes de mesure de vitesse, construites par Thales, est considérée comme un élément contributif de l'accident de l'Airbus A330 d'Air France, qui a fait 228 morts le premier juin 2009 au large du Brésil.
"Fin septembre, j'ai remis à la juge d'instruction Sylvia Zimmermann un memorandum à son intention et à celle des experts judiciaires qu'elles avaient nommés", a dit Fernand Garnault, avocat d'Air France.

Il a confirmé le contenu du memorandum, qui cite des échanges entre Air France et Airbus compilés dans un dossier aux allures de contre-attaque de la compagnie, critiquée pour son absence de réactivité après les multiples cas de givrage des sondes Pitot AA.
"Ce memorandum (...) n'était certainement pas pour faire la guerre à Airbus. C'était simplement pour dire qu'Air France avait fait tout ce qu'elle pouvait faire et avait à faire pour pallier les problèmes de Pitot", a souligné Fernand Garnault.
Air France, dont l'accident du vol 447 est le plus grave de l'histoire de la compagnie, écrit qu'Airbus et Thales l'ont laissée, malgré de multiples avertissements, "sans recommandations ni solutions pérennes palliant ce problème".

Le président de l'association Entraide et solidarité AF447, Jean-Baptiste Audousset, estime que cette mise en cause permet d'espérer que les langues vont se délier.
"Avec cette mise en cause d'Airbus par Air France, j'espère (...) que le silence complice qu'on a pu constater précédemment et habituellement ne sera pas le cas", a-t-il dit.

Un porte-parole d'Airbus a renvoyé aux enquêtes judiciaire et technique en cours et à la recherche des boîtes noires, que de longues recherches n'ont pas permis de retrouver.
"Sans les boîtes noires, la cause de l'accident tragique du vol Air France 447 ne peut pas être identifiée", a-t-il dit.

Pas de constitution de partie civile
Un porte-parole de Thales a également renvoyé à l'enquête du Bureau d'Enquêtes et d'Analyses (BEA), qui n'a cessé de dire qu'il serait impossible de déterminer précisément les causes de l'accident sans les boîtes noires.

Fernand Garnault a également confirmé avoir demandé il y a environ six mois de se constituer partie civile, à la juge d'instruction, qui lui avait conseillé d'attendre le dépôt des rapports des experts judiciaires.
"Comme il ne sert à rien de forcer la main des juges d'instruction qui ont le pouvoir de vous dire non, je n'ai pas déposé de demande formelle de constitution de partie civile", a-t-il dit.

Il est apparu que les sondes AA de Thales donnaient, en cas de givrage, des informations de vitesse erronées, perturbant ainsi l'équipage. Quinze incidents de ce type sont apparus sur des vols A330 dans les dix mois précédant l'accident, sans qu'Air France ne remplace ces sondes.
Un rapport d'experts judiciaires dans le cadre de l'instruction à Paris a mis en cause la maintenance des sondes par Air France. La moitié des incidents liés aux sondes Pitot en 2008 - 2009 auraient eu lieu chez Air France.

Dans les mois suivant l'accident, la compagnie a accéléré le remplacement des sondes AA en même temps qu'Airbus puis l'Agence européenne de sécurité aérienne recommandaient leur remplacement par des sondes Goodrich, jugées plus fiables.
Selon le memorandum, Air France avait alerté Airbus à la suite de deux premiers incidents, en juillet 2008. Deux mois plus tard, après de nouveaux incidents, elle avait demandé à la filiale d'EADS alors si les sondes BA fabriquées par Thales seraient plus résistantes aux risques de givrage. Airbus avait répondu que ces sondes n'apporteraient pas une amélioration "significative". Le constructeur avait pourtant recommandé un an plus tôt dans une note technique le remplacement des sondes AA par les BA, censées limiter le risque de givrage.

En avril 2009, après de nouveaux incidents, Air France avait demandé une solution "le plus vite possible" et Airbus lui avait proposé d'expérimenter la sonde BA. Air France avait alors engagé un programme de remplacement de ses sondes mais l'A330 du vol Rio - Paris AF447 ne les avait pas reçu à temps.

Un autre document joint au mémorandum rappelle qu'entre 1994 et 1996, après plusieurs incidents sur l'ancien modèle de sonde Goodrich, Airbus avait imposé à l'entreprise américaine de fabriquer de nouvelles sondes. L'avionneur n'en a pas fait de même avec Thales, malgré 23 incidents de sondes AA en cinq ans.

 

Nouvelles recherches de l'épave à partir de février
Une nouvelle campagne de localisation de l'épave sera lancée en février prochain, a annoncé la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet.

L'Airbus 330 d'Air France s'était abîmé dans l'Atlantique, au large du Brésil, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2009, faisant 228 victimes.

En l'absence des boîtes noires, le Bureau d'Enquêtes et d'Analyses (BEA) estime que la défaillance des sondes Pitot est un élément contributif de l'accident mais ne saurait à elle seule expliquer l'accident (lire plus haut).
"La quatrième phase de recherche en mer devrait commencer en février 2011, conformément aux hypothèses qui avaient été évoquées le 5 octobre 2010 lors du dernier comité d'information des familles", a indiqué la ministre de l'Ecologie.
"Cette campagne de localisation fera appel aux meilleurs équipements disponibles actuellement", a déclaré de son côté Thierry Mariani, secrétaire d'État chargé des transports.

Depuis l'accident du vol AF447, les doutes et les critiques des familles, qui réclamaient avec force de nouvelles recherches, restent entiers. Elles dénoncent notamment l'opacité de l'enquête.
La troisième phase de recherches s'était achevée fin mai sur un échec et une querelle d'experts entre le BEA et le ministère de la défense sur la possible localisation des "boîtes noires" dans l'Atlantique.

Des débris, dont l'empennage de l'avion, ont été repêchés après l'accident, ainsi qu'une cinquantaine de corps. Mais les trois premières phases de recherches dans l'Atlantique, à l'aide de robots sous-marins, n'ont pas permis de retrouver l'épave de l'Airbus.
L'enquête technique a mis en évidence une défaillance des sondes Pitot de mesure de la vitesse de l'avion (lesquelles ont été changées depuis) mais le BEA estime qu'elle n'est pas la cause principale dans la "chaîne d'événements" ayant conduit à l'accident.
Parallèlement à l'enquête technique, une instruction est en cours à Paris.

Une commission d'indemnisation des victimes d'infractions pénales (CIVI) de Toulon a considéré qu'elle pouvait verser une provision d'indemnisation de 20 000 euros à la famille d'une hôtesse de l'air morte dans l'accident. Elle conclu pour ce faire à une faute pénale dans le dossier de l'accident. Mais l'avocat d'Air France, Me Fernand Garnault, a estimé que cette commission avait outrepassé sa mission en se prononçant sur une éventuelle faute pénale.
Certaines familles ont engagé des procédures d'indemnisation à l'étranger et d'autres attendent de voir l'évolution du dossier judiciaire.


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