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23/10/2010

Qatar Airways, la petite compagnie du Golfe qui monte, qui monte

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Inconnue voici peu, Qatar Airways rivalise aujourd’hui avec les meilleures compagnies aériennes mondiales. Son carnet de commandes d’avions est plein et elle ouvrira en janvier une ligne quasi quotidienne entre Bruxelles et Doha, le « hub » d’où elle dessert plus de 90 destinations. En cultivant le goût du secret et en attendant… d’être rentable.

 

Il y a de quoi faire pâlir l’immense majorité de VIP lounges des compagnies européennes. Contrairement à la plupart d’entre eux, il n’occupe pas quelques pauvres mètres carrés grignotés de haute lutte dans un recoin caché, mal indiqué et difficile d’accès de l’aéroport. Au contraire.
A l’aéroport international de Doha, capitale de l’émirat du Qatar, dans le golfe Persique, c’est un bâtiment entier et moderne de 10 000 m² qui abrite le salon d’affaires « Premium » de la compagnie nationale Qatar Airways. Capacité d’accueil : 1000 passagers quotidiens ET simultanés. Sésame : un billet en Business ou en First. Pas seulement pour quelques happy fiews, à en juger par l’affluence qui règne ici quasi en permanence. Mais c’est une foule tranquille, décontractée, soignée aux petits oignons. Dans un havre de luxe et de confort conçu pour canaliser l’impatience des passagers en transit entre deux avions, quel que soit le temps qu’ils y passent. Passons sur les différents comptoirs gastronomiques qui permettent de rassasier petites et grandes fringales en les arrosants d’excellents crus offerts à discrétion, l’un d’entre eux dédié au bio et autres saveurs organiques. Passons sur les fauteuils et canapés de cuir, les coins tranquilles, le wifi accessible gratuitement partout et le service irréprochable. Tout est ici pensé pour que le temps d’attente s’écoule agréablement. Nursery et salles de jeux vidéo pour les plus jeunes, salles de réunions de toutes tailles et business center pour les workaholics, fumoirs pour les tobaccoholics, duty free abondant pour les plus dépensiers et, cerise sur le gâteau, spas, saunas, jaccuzzis et même chambres à coucher pour ceux qui veulent vraiment se détendre. Pas de doute : si le lounge de son hub est la vitrine de la qualité de son service, la jeune compagnie qatarie n’a pas volé les lauriers que lui tresse le consultant britannique Skytrax, référence en la matière, connu pour ses classements annuels des compagnies aériennes. Cet organisme a classé cette année Qatar Airways parmi les six meilleures compagnies du monde, auxquelles il attribue 5 étoiles, la cote maximale pour la qualité du service à bord de ses avions. Il lui a aussi décerné la couronne de meilleure classe affaires et de meilleure compagnie du Moyen-Orient. En 2009, elle avait déjà décroché celle de meilleure classe économique, grâce à un niveau de confort de base supérieur à celui de ses concurrentes (espace disponible, vidéo à la demande, etc.). Toutes catégories confondues, elle se classe troisième du top 10 mondial de Skytrax.

 

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Un pont vers l’Orient
Qatar Airways est encore peu connue des voyageurs belges. Cela devrait bientôt changer. Dans le cadre de la consolidation en cours de son réseau européen, la compagnie émiratie vient d’annoncer l’inauguration, le 31 janvier 2011, d’une liaison entre Doha et Bruxelles, qui sera desservie cinq fois par semaine. C’est un véritable pont jeté vers un réseau mondial de plus de 90 destinations, en expansion constante. Avec le Moyen-Orient, l’Inde, l’Océan Indien, l’Asie du Sud-Est, l’Extrême-Orient et l’Australie, l’Orient est le jardin naturel de cette compagnie tournée à l’origine vers le soleil levant. Cependant, il s’étend aujourd’hui à la planète entière. Pékin, Tokyo, Bombay, New York, Washington…
« Notre stratégie vise à développer notre réseau vers toutes les destinations clés du globe », confirmait récemment Eric Didier, country manager France et Benelux, au webzine spécialisé Tourmagazine.fr. L’Afrique et l’Amérique du Nord sont désormais à l’honneur et même, depuis cette année, l’Amérique latine, avec des vols vers Buenos Aires et São Paulo. Quant à Bruxelles, la compagnie parie sur son statut de capitale européenne censée attirer de plus en plus de visiteurs d’Asie et du Moyen-Orient. Tout cela s’est construit en à peine plus de 15 ans. Lancée en 1994 et dirigée d’une main de fer (aucune information ne peut par exemple filtrer hors de la compagnie sans son accord formel) par l’homme d’affaires qatari Akbar Al Baker, Qatar Airways «  a connu une croissance forte de l’ordre de 40% par an », à en croire son directeur régional. En 1997, elle possède quatre avions. Dix ans plus tard, en juin 2007, elle fait sensation en annonçant au salon du Bourget, la Mecque annuelle de l’industrie aéronautique à Paris, la commande record de 80 (futurs) Airbus 350 et de 5 Airbus 380. La même année, elle ajoute à sa liste 60 Boeing 787 et 32 Boeing 777. A l’horizon 2013, cette « petite » compagnie, qui voit décidément très grand, exploitera une flotte de 120 avions de nouvelle génération. Elle en exploite déjà 80 à l’heure actuelle et son carnet de commandes affiche 220 appareils, pour le montant astronomique de 40 milliards USD.

 

 

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La bourse à l’horizon 2015
Où s’arrêtera-t-elle ? Dans ses très rares apparitions médiatiques, le PDG (et seul porte-parole autorisé) de cette compagnie semi-privée businessman de 47 ans très influant dans son pays, ne fixe aucune limite. Qatar Airways, qui a transporté 13 millions de passagers en 2009, construit actuellement un nouvel aéroport ultramoderne à Doha, dont elle sera l’opérateur unique, pour la bagatelle de 14,5 milliards USD. Ouverture prévue dès 2012, avec une capacité initiale de 24 millions de passagers, qui sera portée à 50 millions dès 2015. L’objectif affiché est de faire de Doha le principal hub régional entre les routes de l’Orient et celles de l’Occident. Mais pour le reste, motus et bouche cousue… Chiffres et informations ne sont divulgués qu’au compte-gouttes. Peut-être cela changera-t-il l’année prochaine, année où la compagnie espère dégager…  ses premiers bénéfices. Avant de commencer à préparer une hypothétique future introduction en bourse. « Après avoir démontré nos capacités à gagner de l’argent avec trois ans de profits consécutifs, nous iront en bourse. A ce moment-là, la compagnie réalisera un chiffre d’affaires de 9 milliards USD contre 3,2 milliards en 2007 – 2008, et transportera 18 millions de passagers », précisait Akbar Al Baker l’année dernière. D’ici là, sa compagnie aura peut-être enfin rejoint une alliance mondiale, comme il l’annonce depuis plusieurs années déjà. Star Alliance, constituée autours de Lufthansa (l’une de ses partenaires en Europe) et de United (fusionnée avec Continental ; lire article), est régulièrement citée. C’est la plus importante actuellement, avec ses 28 membres.

Portée par une croissance restée vigoureuse en Chine et en Inde, qu’elle dessert très largement, la plus jeune des compagnies du Golfe n’a pas vu passer la crise. Et n’a donc pas jugé nécessaire de freiner son programme d’investissements. Il faut dire qu’en 2009, son patron jugeait son business plan plutôt… conservateur (sic) : « Il y a des parts de marché à prendre partout, affirmait-il, y compris en Afrique. ». Il faut dire aussi que le petit émirat du Qatar, copropriétaire de la société, est assis sur un océan de pétrole et la troisième plus importante réserve mondiale de gaz naturel. De quoi largement soutenir la croissance de son nouveau porte-drapeau…

 

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Du gaz dans les réservoirs
C’était il y a un an, le 12 octobre 2009. Cette nuit-là, Qatar Airways est devenue la première compagnie au monde à voler en utilisant non pas du kérosène, mais un carburant alternatif à base de gaz naturel. A voler avec des passagers, s’entend, car il s’agissait d’un vol commercial (d’une durée de six heures) entre Londres et Doha. L’appareil était un Airbus 340, les moteurs des Rolls Royce et le carburant avait été mis au point par Shell. Il s’agit d’un mélange composé pour moitié de kérosène synthétique de gaz liquide ou GTL et pour le reste de fuel conventionel, toujours en phase de test et d’étude à l’heure de cet article. Selon la firme pétrolière, ce carburant alternatif doit permettre de réduire sensiblement les émissions de dioxyde de soufre. Il venait tout juste d’être officiellement autorisé, quatre jours plus tôt, par l’américain Society for Testing and Materials. « Cette étape est le premier pas vers la production de kérosène alternatif pour les vols commerciaux », c’était réjoui le PDG de la compagnie qatarie le lendemain du vol. Vu les ressources en gaz de son pays, troisième producteur mondial derrière la Russie et l’Iran avec 16% des ressources et un potentiel d’exploitation de 250 ans (!), on peut comprendre son enthousiasme. Les recherches sont conduites à Doha sous la houlette d’un consortium regroupant l’avionneur, le motoriste et la compagnie pétrolière anglo-néerlandaise, ainsi que, bien sûr, Qatar Petroleum. « La technologie GTL nous permet de produire des carburants liquides et d’autres produits à partir de nos ressources en gaz naturel », indiquait le premier ministre Abdulla bin Hamad Al-Attiyah, qui est aussi le ministre de l’ûr, Qatar Petroleum. « La technologie GTL nous permet de produire des carburants liquides et d’autres produits à partir de nos ressources en gaz naturel », indiquait le premier ministre Abdulla bin Hamad Al-Attiyah, qui est aussi le ministre de l’énergie et de l’industrie du Qatar. Cet émirat ambitionne en effet de devenir le premier producteur de GTL en 2012. Les partenaires ne comptent cependant pas s’arrêter au seul gaz naturel. Quelques mois à peine après l’exploit d’octobre 2009, les parties qataries et Airbus ont en effet annoncé la création, toujours à Doha, d’un centre de recherche en biocarburant. Objectif de cette plateforme : « mettre en place une chaîne complète de production en biocarburant techniquement et économiquement viable, depuis la collecte de la ressource jusqu’à sa redistribution. ». L’Etat du Qatar, à travers Qatar Airways qui en sera le principal utilisateur, dit vouloir se positionner ainsi comme un les leaders mondiaux dans la recherche en biocarburants. Ici, l’objectif est à la fois économique et écologique, puisque ces carburants produits à partir de matières organiques doivent permettre de réduire aussi les émissions de gaz à effet de serre. 

 

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L’art de voyager zen
Voilà une idée originale, en phase avec la qualité revendiquée de son service, et qui ne séduira pas que les phobiques de l’avion.
Tout passager de Qatar Airways trouvera dans la pochette de siège située en face de lui un petit guide baptisé Fly Healthy, Fly Fit, censé l’aider à passer le vol le plus zen dont il ait jamais rêvé. Mouvements adaptés à l’avion, techniques d’auto-massage, de contrôle de la respiration, de relaxation, de méditation et même de yoga, ce manuel est tout sauf un gadget marketing. Il a été mis au point en collaboration avec Deepak Chopra, un médecin indo-américain considéré comme l’un des grands spécialistes de l’Ayurveda, une médecine naturelle originaire de l’Inde et basée sur des techniques holistiques. En sanskrit, le terme signifie « science de la vie », et les techniques proposées par la compagnie à ses passagers ont pour objectif, affirme-t-elle, d’aider le voyageur à « repenser son corps dans l’inconfort des avions ».

 

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Lire aussi sur J.R., anciens articles à propos de Qatar Airways :
- Qatar Airways reçoit son premier Boeing 01-12-07
- Qatar Airways resigne pour l'Airbus A350 et augmente sa commande 30-05-07
- Qatar Airways prévoit d'acheter 80 A350 16-03-07

 

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