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08/08/2010

Croire en soi

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J'entame ma dernière rotation depuis Salt Lake City avant ma semaine de congés. A partir du mois de mai, je serai officiellement basé à Minneapolis. Après un aller-retour sur John Wayne Airport, à Orange County en Californie, je décolle depuis la piste 34L de Salt Lake, et je prends un virage serré à gauche et vers le Sud, à destination de Phoenix.

Le vol sur Phoenix ne dure qu'une heure et demie, mais c'est un de mes vols préférés. Quand tu atteins le Sud de l'Utah, tu passes entre le Zion National Park et Lake Powell, puis en entrant dans l'Arizona, tu fais une verticale sur le Grand Canyon. Tu passes à l'Ouest du terrain montagneux de Flagstaff, puis verticale Prescott, où je fus une fois basé en tant que pilote d'Air Ambulance et où se trouve le campus d'Embry-Riddle Aeronautical University. Enfin, tu entres dans la vallée de la mégalopole de Phoenix, qui compte plus d'un million et demi d'habitants.

J'ai des émotions assez fortes lorsqu'on passe au-dessus de l'aéroport de Deer Valley, juste au Nord de la ville, car c'est là où j'ai fait ma formation de pilote professionnel. Je reconnais les deux pistes parallèles sur lesquelles j'ai fait de nombreux tours de piste, mes premiers vols de nuit, et mes premiers vols sur bimoteurs. J'avais 20 ans, et j'avais l'impression d'avoir une éternité devant moi.

Si tu m'avais dit, lors de ma formation, que je survolerais cet aéroport avec un jet aux couleurs Delta, je ne t'aurais sûrement pas cru. Ou alors le contraire : je t'aurai cru, car à cet âge-là, on se considère invincible. Le plus dur quand on vieillit, et qu'on commence à goûter aux échecs, c'est de continuer de croire en soi.

On passe juste à l'Ouest de Squaw Peak, qui vient d'être renommé Piestawa Peak, car "squaw" est un nom péjoratif pour décrire une indienne. Piestawa est le nom de famille de la première femme indienne tuée en guerre dans l'Armée américaine, c'était en Irak.

J'ai vécu pendant quatre ans à Phoenix après ma formation de pilote. Je connais très bien ses rues et ses avenues, que je sillonnais, sans me lasser, en moto. Je passais également des heures en Cessna 172 à survoler ses autoroutes pour le report de trafic d'une radio locale. J'avais fait ma qualif bimoteur et instructeur, et j'amenais des élèves français au-dessus des grands espaces américains par des températures passant des fois les 40 degrés (et avec des grosses bouteilles d'eau dans la soute de l'avion).

Les 148 sièges du MD-90, dont je suis le pilote en fonction sur ce vol, sont occupés. On a même un employé de la compagnie sur le siège strapontin, qui se rend à Phoenix pour rendre visite à ses parents. En discutant, j'apprends qu'il est commandant de bord B767 dans notre compagnie, embauché après avoir pris sa retraite en tant que Lieutenant Colonel dans l'U.S. Air Force. Il est un ancien pilote de F-16 et un diplômé de l'U.S. Air Force Academy (le Salon de Provence américain). Mon commandant de bord, lui, est un ancien pilote de P3, le chasseur de sous-marins de la U.S. Navy. Peu de pilotes à Delta ont un civilian background comme le mien. Peu, qui arrivent à se faire embaucher ici, ont fait la voie civile commençant à l'aéro-club.

C'est en tournant en finale que je déconnecte le pilote automatique et les auto-throttles. J'ai fait cette arrivée des centaines de fois auparavant : en Jetstream aux couleurs de Native American Air Ambulance, en bimoteur Cessna 310 pour la livraison d'urgence de fret, et en tant qu'instructeur monomoteur. Lors d'une visite de mes parents à Phoenix (après ma formation CFI) je les ai amenés en vol. J'ai mis mon père (qui a une licence de pilote privé acquise sur le terrain en herbe de l'aéro-club d'Alsace) en place gauche du C-172 américain. Je me souviens de son sourire lors de notre arrivée sur Phoenix Sky Harbor International, en sandwich entre deux 737. Il était impressionné par notre vitesse de 60 noeuds en finale, pour maintenir un semblant de "spacing" entre deux liners.

Ce soir, au crépuscule, ma finale se fait à 145 noeuds, mais le pilotage se fait avec la simplicité d'un Cessna. C'est ma dernière rotation dans le Sud-Ouest américain, et je déguste mon arrivée sur la ville qui m'a apprise le pilotage professionnel. J'ai une pensée pour mon père, qui, depuis le début, n'a jamais arrêté de croire en moi.


(Date original du message : 24 avril 2010)

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Publié dans PiloteUS - Danny - pilote.us | Lien permanent

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