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25/01/2009

Pilote examinateur

Pilote examinateur

J'imprime ma rotation depuis un des nombreux ordinateurs de la crew lounge de l'aéroport de Salt Lake City. Il est 10h du matin, il fait beau, le ciel est clair. On fera un aller-retour rapide sur Las Vegas--un vol de 55 minutes en MD90. Je volerai avec LCP Powell. Il y a trois titres différents attribués aux noms par notre système informatique "ecrew." FO pour First Officer, CAPT pour Captain, et LCP pour Line Check Pilot--ou pilote examinateur.

Ca fait 6 mois que j'ai passé ma qualif de type, et aujourd'hui il est temps de montrer que je sais encore piloter un MD90. En fait le pilotage, c'est la partie facile. J'ai plus de 7000h de vol et 6 qualifs de type. La partie difficile, c'est de piloter à la maniere de ta compagnie, avec ses longues checklists, ses procédures pointues, et ses tolérances minimales.

Comme c'est ma première année à Delta, je suis encore en "probation." C'est-à-dire que la compagnie a le droit de me virer pour n'importe quoi, et les Americains te virent vraiment pour n'importe quoi. Ayant été moi-même un Line Check Pilot pour une autre compagnie, je sais que M. Powell me jugera sur tous les aspects de mon professionalisme--même la tenue de l'uniforme. Mes cheveux sont courts, mes bottes cirées, et ma chemise pressée. Je ne me fais pas de souci. Dans ce pays ultra-concurrentiel, j'ai appris rapidement que tu es jugé sur ton allure physique--même des fois de trop.

J'approche un des murs de la salle d'équipage et j'observe l'assemblage des photos. Le cadre avec les portraits des pilotes examinateurs se trouvent entre la porte du bureau du Chef Pilote et la cafetière. La flotte MD88/90 a trois examinateurs ici à Salt Lake. J'identifie Powell au sourire figé. Mes 10 ans dans la ligne m'ont appris de ne me méfier des examinateurs et des inspecteurs FAA aux sourires sympas.

Je reconnais LCP Powell assis devant un ordinateur. Je m'excuse et je me présente. Ma poignée de main est ferme. Je le regarde droit dans les yeux, et j'essaie de sourire. Le reste de mon corps est tendu. Dans le milieu impitoyable du business américain, on dit qu'il n'y a pas de seconde chance pour faire une première impression.

"Let's talk," il me dit et on s'assoit tous les deux dans une des briefing rooms--on est face à face, à 3 mètres d'écart. Il revoit mes licences de pilotes, mon certificat médical de 1ère classe. Il me pose des questions sur l'Airbus 320, l'une de mes qualifs de type affichée sur mon "Airline Transport Pilot Certificate."

La base de Salt Lake va avoir des Airbus, selon la dernière rumeur dans les postes. Les Airbus vont venir après la fusion officielle Delta - Northwest, car cette dernière à déjà ce type d'avion. Le MD90, avec ses deux moteurs à réaction Aero V2500, est une très bonne machine pour Salt Lake City, un aéroport d'une altitude de pas moins de 4200 pieds--le lieu des Jeux Olympiques d'Hiver 2002. Par contre, ses jambes sont trop courtes pour atteindre la Côte Est.

Le plan, donc, c'est de positionner les MD90 au centre du pays, sans doute à Minneapolis ou Detroit--deux hubs de la compagnie Northwest. Les Airbus de Northwest, eux, seront ramenés à Salt Lake et pourront faire des vols directs sur New York, Boston et Washington.

Le souci principal dans les postes de pilotages est le déplacement potentiel des pilotes. Est-ce que les pilotes à Salt Lake seront formés sur Airbus ou est-ce que les pilotes Northwest, déjà qualifiés sur cette bécanne, seront mutés ici? Est-ce que je vais devoir déménager et vivre à Détroit?

J'écoute l'examinateur attentivement. J'essaie de lire son visage. Il a l'air d'une cinquantaine d'années et me confie qu'il se voit prendre sa retraite sur Airbus--un avion bien plus comfortable que notre "Mad Dog." J'acquiesce en opinant doucement du chef.

La fusion Delta-Northwest va créer une liste de 12.000 pilotes, la plus grande compagnie au monde. Les desiratas d'appareils et de bases seront sûrement attribués à l'ancienneté, il me dit, un sourire aux lèvres. Avec seulement 7 mois de service dans la compagnie, j'ai du mal à garder le mien.

Mais il y a un autre truc qui me fait sourire: Lundi, 22 Septembre, je partirai sur Paris. Il y a un vol direct depuis Salt Lake, et j'ai réussi à déplacer mes jours de congés pour en avoir 10 d'affilés. En tant qu'employé Delta, ma famille peut voyager gratuitement sur son réseau. On reçoit même des GP sur celui d'Air France, grâce aux accords. C'est la basse saison, et il y a plus de 40 sièges de libre sur ce vol.

Je suis arrivé aux Etats-Unis avec le rêve de devenir pilote de ligne. Je repars en France aux frais de la compagnie pour laquelle je travaille--le réseau Delta et Air France à ma disponibilité. C'est bien plus que ce que j'espérais d'atteindre.

Mais pour ça, il faut bien sûr que je garde mon emploi à Delta. Et ce vol sur Las Vegas peut faire toute la différence.


(date originale du message : 20 septembre 2008)

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