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22/01/2009

L'étau de la crise se resserre sur le transport aérien

L'étau de la crise se resserre sur le transport aérien

Après d'énormes profits pendant plusieurs années, Air France KLM va rejoindre la cohorte des entreprises rattrapées par la crise et devrait terminer son exercice 2008-2009 (clos au 31 mars) sur une perte. Le titre de la compagnie aérienne a lourdement chuté en bourse ces dernières 48 heures, alors que des rumeurs indiquaient que l'entreprise contactait des analystes pour leur expliquer que leurs anticipations étaient trop optimistes. La direction a finalement dû se résoudre à publier un communiqué indiquant que "la détérioration de l'environnement économique au troisième trimestre a entraîné un léger affaiblissement de la recette unitaire passage et une détérioration forte de la recette cargo" (lire : Air France KLM glisse dans le rouge au troisième trimestre). Air France KLM souligne également que ses résultats n'ont pu bénéficier de la baisse du prix du kérosène du fait des pertes accumulées sur les couvertures pétrolières. Cette stratégie de protection contre la hausse du baril, qui a permis au groupe de traverser avec succès la tempête née de la flambée des cours de l'or noir, se retourne in fine contre elle, sans pour autant remettre en cause ses bienfaits antérieurs.

La conséquence en terme de performance est limpide : la première compagnie européenne va enregistrer un résultat d'exploitation négatif sur le troisième trimestre fiscal (octobre à décembre), tandis que le résultat d'exploitation de l'exercice fiscal 2008-2009 "devrait rester positif, mais son niveau dépendra de l'évolution de la situation économique des semaines à venir".

La situation d'Air France KLM n'est pas isolée, et l'on peut dire sans crainte que la compagnie franco-néerlandaise ne sera pas la moins bien lotie au cours des prochains mois. Son bilan est solide, ses liquidités importantes et sa taille suffisante pour piloter à vue à moyen terme... Car la chute du prix du kérosène n'est pas tout. La crise mondiale a entraîné un plongeon du trafic, particulièrement sensible dans le fret : en novembre, le trafic cargo a chuté de 13,5% par rapport au même mois de 2007, alors que le trafic passagers reculait de 4,6%, selon les données compilées par l'Association Internationale du Transport Aérien (IATA). La baisse de l'activité fret est la plus importante enregistrée depuis 2001, dans le sillage des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. Dans une mise à jour remontant à début décembre, IATA prédisait une baisse de 6,5% du chiffre d'affaires des compagnies aériennes entre 2007 et 2008, pour une perte cumulée dans le secteur de l'ordre de 5 milliards USD. "Les perspectives sont médiocres. La crise chronique du secteur va continuer en 2009 avec 2,5 milliards USD de pertes cumulées. Nous faisons face au pire environnement en terme de revenus des 50 dernières années", selon Giovanni Bisignani, le directeur général de l'organisation basée à Genève et qui regroupe la plupart des transporteurs mondiaux. Mais ces prévisions de pertes réduites en 2009 par rapport à 2008 sont un trompe-l'oeil, prévient IATA, car elles s'expliquent par la chute du baril qui pèsera moins sur les compagnies nord-américaines, qui ne bénéficiaient pas de bonnes stratégies de couverture des fluctuations quand l'or noir flambait.

A la problématique de la baisse générale du trafic, s'ajoute celle, plus récente, de la chute des ventes de billets de première classe et de classe affaires, les plus rémunérateurs pour les compagnies. IATA, encore elle, a indiqué hier que le trafic "premium", lié aux voyages d'affaires notamment, a plongé de 11,5% en novembre, bien plus vite que la moyenne. Au vu des perspectives macroéconomiques pour l'année 2009 et au-delà, la tendance ne devrait pas s'inverser, du moins sur le semestre en cours. La rentabilité des transporteurs s'en verra nécessairement affectée.

Dans un secteur qui sort à peine des tensions nées de la flambée du pétrole, alors qu'il se remettait tout juste des conséquences du 11 septembre 2001, l'arrivée d'une crise économique majeure pourrait avoir un effet dévastateur, déjà fatal à plusieurs acteurs. Pour l'heure, cela concerne surtout des compagnies régionales américaines, mais des entreprises asiatiques ont d'ores et déjà dû faire appel à leurs gouvernements de tutelle pour poursuivre leur exploitation. D'autres, comme Alitalia ou Austrian Airlines en Europe, n'ont eu d'autre solution que de s'adosser à un groupe plus solide. Mais le secteur craint qu'un "gros poisson" ne se fasse prendre dans les mailles du filet. Lors d'une conférence tenue début décembre, GECAS, la filiale de location d'avions de ligne du géant américain General Electric, avait indiqué tabler sur une contraction de 1 à 2% du trafic global cette année, ce qui conduirait à "ce qu'au moins une compagnie aérienne majeure soit liquidée". Dans son scénario noir, le loueur d'avions a intégré une baisse de 3% du trafic, ce qui serait exceptionnel puisque la pire période de 12 mois connue par l'aviation, dans le sillage du 11 septembre 2001, avait conduit à une contraction de 2,5% du trafic. Dans cette hypothèse, "ce ne serait pas une seule mais deux compagnies majeures qui seraient liquidées", a prévenu GECAS.

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