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20/11/2008

Air France : perturbation, pénalisation, perte d’exploitation... la rime qui tue !

Air France, perturbation, pénalisation, perte d’exploitation... la rime qui tue !

Longtemps commandant de bord chez Air France, Jean Belotti est un expert reconnu en matière de questions de sécurité. Voici son avis sur la question de l'âge de la retraite qui a été à l'origine de la grève qui a perduré jusqu'à lundi soir chez Air France (voir article : 40% des vols Air France annulés ce vendredi).

Les syndicats sont contre le déplafonnement de l'âge de la retraite de 60 à 65 ans. Que pensez-vous de la grève qu’ils viennent de déclencher, à la suite d’une décision du gouvernement donnant la possibilité, aux volontaires, de prolonger leur carrière jusqu’à 65 ans ?

Jean Belotti
. : "N’ayant pas connaissance des arguments sur lesquels les syndicats ont fondé leur décision, comment pourrais-je donner mon avis sur le fond ?"

Mais vous pouvez peut-être nous dire votre sentiment, par exemple, au sujet de l’affirmation selon laquelle augmenter l’âge de la retraite réduirait les possibilités d’embauche des jeunes pilotes ?

JB.
: "Il a été démontré, depuis longtemps et dans toutes les activités humaines, que ce n’est pas en coupant les ailes des anciens qu’on améliore la situation des jeunes et je n’y reviendrai pas ici.

De toute façon, étant donné les énormes besoins en pilotes dans les prochaines années, on ne voit pas en quoi le fait qu’un certain nombre de pilotes acceptent de rester en activité jusqu’à 65 ans serait de nature à pénaliser le recrutement de jeunes pilotes.

Dans l’hypothèse où la crise actuelle s’estomperait, la croissance du trafic aérien attendue et la nécessité de former rapidement des milliers de pilotes sera, au contraire, une pression à décaler dans le temps l’échéance de la retraite, sauf à accepter - comme cela s’est passé pendant de nombreuses années - à donner des équivalences à des pilotes sous-qualifiés et sans expérience."


Alors, précisément, qu’en est-il de la sécurité ?

JB. :
" Une des principales composantes de la sécurité est l’expérience. De plus, elle permet de pendre les meilleures décisions en ce qui concerne la gestion du vol, donc l’économie du vol."

Les risques d’ennuis de santé pour les pilotes ayant dépassé les 60 ans ne sont-ils pas un danger ?

JB. :
"La réponse est non, tant que les pilotes sont reconnus "bons pour le service" à la suite des examens médicaux semestriels auxquels ils sont soumis."

Que pensez-vous de la décision d’affecter à un commandant de bord ayant dépassé les 60 ans, un copilote âgé de moins de 60 ans ?

JB. :
"Il s’agit d’une décision classique non fondée : on ouvre le parapluie ! En effet, les faits montrent que les rares cas de "malaise cardiaque" survenus en vol ou d’"incapacité subtile" ont été ceux de pilotes entre les 40 et 60 ans, et non pas ceux de pilotes ayant dépassé les 60 ans."

Quels sont les conséquences de cette grève ?

JB. :
"Vous les connaissez : perturbation du trafic aérien et pénalisation de milliers de passagers, pertes d’exploitation se calculant par millions d’euros, et cela en pleine période de récession économique mondiale.

Mais, ici, une autre conséquence doit être citée : de nombreux pilotes, ayant dépassé l’âge de 60 ans, poursuivront leur carrière dans des compagnies étrangères très intéressées d’accueillir des pilotes qualifiés et expérimentés.

La demande existe et elle est bien connue. Cela me remet d’ailleurs en mémoire, pour la petite histoire, la pression qui avait été exercée, il ya bien longtemps, par un certain nombre de représentants syndicaux pour que la limite d’âge soit ramenée à 60 ans.

Lorsqu’ils eurent atteint cette barrière fatidique, il se sont tous précipités dans d’autres compagnies où ils ont poursuivi leur carrière jusqu’à 70 ans.... "Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais !".


C’est donc se délester volontairement d’une partie du "savoir faire" de la compagnie ?

JB.
: "Depuis quelques années, l’espérance de vie augmente à grand pas, l’efficacité des soins et des médicaments est de plus en plus performante, le confort à bord des avions est en constante amélioration.

On pourrait donc, logiquement, penser que cela devrait permettre de décaler dans le temps toutes les limites surannées du siècle passé ! Eh bien, non.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le mouvement est totalement inversé. L’âge limite d’activité des pilotes qui était, pendant de nombreuses années fixé à 70 ans, a été ramené à 65, puis à 60."


Votre conclusion ?

JB. :
" Il n’y a pas lieu de conclure. En effet, seule la prise en compte de tous les éléments sur lesquels se sont appuyés les syndicats permettrait de donner une conclusion fondée.

Alors, en attendant d’en savoir plus - ce qui a été dit à la télévision n’ayant pas été très convaincant - il reste à considérer qure les décideurs qui ont pris la responsabilité de ce mouvement l'ont fait en toute connaissance de cause et sauront s'en expliquer."

 

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