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03/04/2008

Les Etats-Unis au secours d’Airbus

Les Etats-Unis au secours d’Airbus

 
Le titre est évidemment ironique mais la question est actuellement prégnante. Le groupe EADS va-t-il faire marche arrière ou se borner à voler vers des cieux orageux ? La reprise en main d’une usine par Boeing, dans le cadre du programme Dreamliner, la hausse continue de l’euro par rapport au dollar ainsi que la raréfaction des possibilités de financement du fait du credit crunch mondial, lui-même engendré par la crise des subprimes américaines, doivent amener le groupe franco-allemand vers une redéfinition de sa stratégie.

Présenté comme "la" révolution industrielle, il y a quelques années, la stratégie de Boeing visant à se recentrer sur son cœur de métier d'assembleur aéronautique tourne au cauchemar. Visionnaire, d’après les financiers du groupe, cette stratégie se révèle actuellement catastrophique pour les finances, le prestige et le savoir faire industriel du groupe américain. Déjà, début décembre 2007, le Wall Street Journal (Boeing Scrambles to Repair Problems With New Plane”) se faisait l’écho de délais irrémédiables sur le programme Dreamliner, du fait de cette politique ainsi que du caractère novateur du projet, utilisant massivement les matériaux composites. En vendant ses usines à des fournisseurs de rang 1, Boeing croyait transférer les procédés et le savoir-faire nécessaires à la bonne marche du projet. Or, cela ne se décrète pas et les années de tâtonnement et d’apprentissage pour fabriquer un avion ne se transfèrent pas de la même manière qu’un actif matériel (*).

Par conséquent, Boeing envoie actuellement ses ingénieurs régler les problèmes dans les usines, en Italie, au Japon, etc. ce qui fait exploser le coût du Dreamliner. Jusqu’à peu, Boeing et ses fournisseurs pensaient réellement avoir créé le nouveau modèle industriel dans le secteur aéronautique. Mais le rachat de Global Aeronautica sonne sans doute le glas d’une telle stratégie. En effet, alors que Boeing ne devait assembler que 1200 pièces pour le premier Dreamliner, il a vu affluer 30.000 composants. Et alors que les financiers de chez Boeing rassuraient les marchés en avançant que les livraisons prévues en 2009 seraient tenues, les fournisseurs utilisaient le terme de "chaos" pour caractériser la situation dans les usines.

Le principe de réalité prévalant, Airbus serait bien inspiré de mettre un terme à sa politique du copié/collé de la stratégie de Boeing, de devenir plus pragmatique et moins doctrinaire. Or, la hausse continue de l’euro par rapport au dollar, de moins en moins monnaie internationalement dominante d’ailleurs, ainsi que la crise des subprimes, induisant une raréfaction du crédit de la part des banques fragilisées, pourraient servir de déclencheur, sinon d’excuses, pour revoir son plan de cession de sites. Déjà, en Allemagne, l’échec de la vente des usines allemande à OHB est une bonne nouvelle. Qui plus est, il s’est révélé que la taille trop réduite de la filiale de MT Aerospace ne faisait clairement pas l’affaire en termes de viabilité industrielle et d’expérience aéronautique.

Or, la Force Ouvrière, premier syndicat chez Airbus, rappelle que « les engagements répétés du Président d’EADS Louis Gallois doivent être tenus à la lettre, à savoir : Rien ne s’engagera différemment dans les entités nationales concernées, le parallélisme des formes sera respecté ». Autrement dit, si la vente en Allemagne ne se fait pas, il doit en être de même en France et au Royaume-Uni.

Par conséquent, EADS a toutes les cartes en main pour révoquer le plan Zéphir et se sauver industriellement. D’autant que le problème du dollar faible va persister, question politique avant tout, et que l’affaire des délits d’initiés risquent de provoquer des remous dans la gouvernance franco-allemande, soi-disant remaniée et renforcée l’année dernière.

 
* Autres problèmes rencontrés par Boeing : barrière de la langue entre des manuels de montage des pièces fabriquées en italien et des ouvriers américains, pièces manquantes par centaines, logistique défaillante, problème des relations entre le fournisseur de rang 2 et le fournisseur de rang 1, mesures de tolérance différentes (les Etats-Unis sont l’un des trois pays dans le monde à ne pas utiliser le système métrique). 

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