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02/01/2008

Coup de poing

Coup de poing
 

Ce matin je suis allé à l'Unemployment Office, l'ANPE américaine. Vu le nombre de gens qui faisaient la queue, il faut croire que je ne suis pas le seul à avoir perdu mon boulot à Noël.

Il faisait froid et gris, ça me rappelait la chanson "In The Ghetto," d'Elvis Presley. La zone industrielle de la banlieue de Chicago où se trouve l'Unemployment Office est à 20 minutes de chez moi. Je portais une goatty et une casquette qui arborait un trèfle à quatre feuilles. Et avec mes jeans et mon sweat-shirt vert à capuche, je ressemblais très peu au pilote de ligne qui traversait l'Atlantique dans un 767.

J'ai décidé d'amener Tommy avec moi. Tommy qui vient d'avoir 8 ans est un vrai fan de karaté. Il a d'ailleurs déjà sa ceinture orange. Tommy a vu son père en uniforme et je voulais qui le voie aussi faire la queue à l'Office. Je voulais qu'il voie que la vie peut donner des coups durs--plus durs que ce que tu peux recevoir au karaté.

La femme au visage jouflu de l'autre côté du guichet m'a demandé si j'avais travaillé hors de l'Etat de l'Illinois dans les 18 derniers mois. "Yes, ma'am, I have," J'ai répondu poliment. En fait, je n'ai que travaillé hors de l'Etat. Elle m'a demandé où, et j'ai tout de suite pensé à New York, Las Vegas, Los Angeles, et même l'Ocean Atlantique et Londres. J'ai répondu simplement "Virginia," car c'est là où ma compagnie est basée. Je lui ai dit que je vis ici et que je paie des impôts ici, dans l'Illinois. Elle m'a regardé confused : "Why do you live here if you work in Virginia?"

J'ai répondu, "I'm an airline pilot." Puis, je me suis corrigé, "I was." Tommy à mes cotés m'écoutait patiemment. Peut être qu'un jour il comprendra que la vie c'est un peu comme le karaté. Tu ne gagnes pas par la force des coups que tu donnes. Tu gagnes par le nombre de coups que t'as pu encaisser tout en continuant d'avancer.

La dame m'annonce froidement que l'Illinois ne me donnera rien, que je dois faire ma demande auprès de l'Etat de Virginie. De ce dernier je ne recevrai qu'un peu plus de $300 par semaine--pas assez pour une famille de 5.

Je l'ai remerciée poliment, malgré le coup de poing dans l'estomac. J'ai donné un sourire à Tommy : Everything's going to be okay. Puis, on a tous les deux quitté l'Unemployment Office et on a rejoint le froid et la grisaille de dehors, la tête baissée, et les mains enfoncées dans nos poches.

J'ai décidé d'attendre la fin de Noël pour annoncer à mes enfants que j'avais perdu mon boulot. Le Père Noël a été généreux cette année--j'avais malheureusement anticipé une augmentation de salaire, pas une perte complète du jour au lendemain. Quant à Gina, elle m'a offert un cadeau que j'utiliserai souvent dans les prochaines mois : un sac de frappe.

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