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10/12/2007

« EADS doit réduire sa dépendance à Airbus »

EADS doit réduire sa dépendance à Airbus
 

Pour Rüdiger Grube, président du conseil d'administration d'EADS, et Louis Gallois, son président exécutif, l'affaiblissement du dollar face à l'euro oblige à réagir. Le groupe aéronautique doit davantage produire ou se fournir en dehors de la zone euro et là où sont ses clients. Pour réduire la part trop importante d'Airbus dans le chiffre d'affaires, EADS mise beaucoup sur les services. Le projet de cession des sites de l'avionneur est maintenu.

Trois mois après sa mise en place, quel bilan faites-vous de la nouvelle gouvernance à la tête d'EADS ?

Rüdiger Grube. Au cours des derniers mois, nous avons accompli beaucoup de choses. La nouvelle gouvernance constitue un grand pas en avant, après sept années de direction bicéphale. Nous avons également franchi une étape importante, avec la livraison du premier Airbus A380 à Singapore Airlines. Cependant, nous sommes toujours confrontés à plusieurs challenges, comme la faiblesse du dollar et la nécessité de mieux équilibrer nos activités.

Où en est-on de l'instauration d'une action à droit préférentiel (« golden share ») pour les États français et allemand ?

R. G. Nous avons instauré un groupe de travail et nous devrions présenter des propositions lors de l'assemblée générale de mai 2008. Les travaux portent sur deux grandes questions. La première, qui n'est pas d'actualité, a trait à l'évolution du pacte d'actionnaires : que se passerait-il si les deux actionnaires majoritaires décidaient de réduire leurs participations en deçà du seuil de 5 % prévu par le pacte d'actionnaires et comment pourrions nous protéger l'entreprise et les intérêts nationaux ? Dans tous les grands groupes liés à l'aéronautique, on retrouve des protections de ce type, comme chez BAE ou Thales. Le second sujet concerne les évolutions possibles à long terme de l'actionnariat et les moyens de préserver l'équilibre franco-allemand. Daimler détient aujourd'hui 15 % du capital et entend rester à ce niveau. Cependant, Daimler a la possibilité de décider, jusqu'en juin 2010, de l'avenir des 7,5 % cédés en 2007 et qui sont actuellement détenus par un consortium d'investisseurs publics et privés. S'il le décide, l'Etat allemand ou la Sogeade [la société commune qui gère la participation de l'Etat français et de Groupe Lagardère dans EADS, NDLR] pourront préempter les titres en vente, ou ceux-ci pourront être mis sur le marché comme prévu dans le pacte d'actionnaires.

Paris et Berlin interviennent-ils dans la conduite des affaires, et notamment dans celle du plan de restructuration Power 8 d'Airbus ?

Louis Gallois. Les gouvernements et les hommes politiques veulent être informés de l'évolution de l'entreprise, mais nous agissons en dehors de toute consigne. Nous avons lancé le plan de restructuration d'Airbus en pleine campagne électorale en France et je n'ai reçu aucune consigne, ni avant ni après. Mais on parle bien sûr avec les hommes politiques, c'est tout à fait normal.

Airbus n'a toujours pas annoncé le nom des repreneurs des 7 sites en vente. Pourquoi ce retard ?

L. G. Nous n'avions pas fixé de date, il n'y a donc pas de retard. Nous avons seulement dit que nous espérions pouvoir annoncer le choix de repreneurs le plus vite possible, sachant que les salariés veulent être fixés rapidement et que nous devons connaître les partenaires de l'A350 XWB. C'est toujours notre objectif et nous y travaillons 24 heures sur 24. Mais le sujet est particulièrement complexe. Avec chaque candidat, nous devons mener simultanément trois négociations : sur le prix de ventes des sites, sur le prix auquel Airbus achètera à l'avenir les composants produits par ces sites et sur la participation des repreneurs au programme A350. L'affaiblissement du dollar a compliqué les discussions et rendu les candidats plus prudents. Je ne peux en dire plus à ce stade car nous voulons rester totalement libres de nos décisions. Nous ne resterons pas dans la situation actuelle. Je démens tout désaccord sur cette question entre Thomas Enders et moi. Par ailleurs, le site d'Augsburg est toujours inclus dans nos discussions.

Monsieur Grube, partagez-vous les craintes de Louis Gallois concernant le dollar et la nécessité de délocaliser ?

R. G. La faiblesse du dollar est incontestablement un défi pour EADS, malheureusement la question des parités monétaires n'est pas entre nos mains. Pas plus que le fait que nos clients achètent en dollars. Nous pouvons agir sur nos structures de coûts pour réduire notre exposition, notamment en produisant davantage hors d'Europe. Ceci ne devrait pas impacter l'activité sur le Vieux Continent en raison de la croissance considérable de notre activité, notamment en Asie. Aujourd'hui, 67 % des coûts d'EADS sont en euros, contre 20 % seulement pour les recettes. L'Asie ne représente que 1 % de nos achats, mais apporte 25 % des revenus. Aux Etats-Unis, la situation est plus équilibrée puisque la zone représente 32 % de nos coûts et 36 % de nos recettes. J'ajoute que 97 % de nos effectifs sont en Europe, mais que le Vieux Continent n'assure que la moitié de notre chiffre d'affaires.

L. G. En tant que président exécutif d'EADS, je suis responsable de la pérennité de notre entreprise, aussi je dois prendre des décisions maintenant pour diminuer les risques qui pèsent sur la société. Nos couvertures de change nous protègent jusqu'en 2010 à un taux de 1 euro pour 1,2 ou 1,3 dollar. Mais après, quand l'euro vaut 1,4, 1,5 dollar et même plus ? Nous devons nous adapter à la tendance de baisse du billet vert sur le long terme.

Vous allez bientôt présenter votre vision stratégique à l'horizon 2020 pour, notamment, réduire la dépendance d'EADS à Airbus. Comment y parvenir ?

L. G. Avec environ 64 % des revenus, la part d'Airbus dans EADS est trop importante. Nous devons donc trouver un meilleur équilibre entre Airbus et nos autres activités : la défense, l'espace, les hélicoptères. Les services seront très importants, nous devons développer leur part dans notre chiffre d'affaires. EADS est trop exclusivement européen, nous devons étendre notre présence dans le reste du monde : principalement aux Etats-Unis et en Asie. En résumé, l'avenir d'EADS se joue autour d'un triple défi : réduire notre dépendance vis-à-vis d'Airbus, développer les services et nous étendre hors d'Europe.

L'année 2007 sera-t-elle celle des records pour EADS ?

L. G. En termes de commandes, certainement. Nous devrions enregistrer plus de 1.300 commandes pour Airbus et plus de 700 pour Eurocopter. Par ailleurs, nous allons conclure le plus important contrat de financement innovant pour les avions ravitailleurs britanniques.

R. G. D'un autre côté, 2007 s'annonce comme la pire année financièrement parlant pour EADS à cause des déboires de l'A400M.

PROPOS RECUEILLIS PAR BRUNO TRÉVIDIC ET ALAIN RUELLO
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