02.03.2007
Les Hommes malades d'ennui
Les Hommes malades d’ennui
L’homme s’ennuie… On lui multiplie les possibilités de se cultiver, de se détendre, de s’adonner au sport… On invente de nouveaux passe-temps, de nouvelles idéologies à défendre… On lui permet de fouiller la Terre dans ses recoins les plus lointains, les plus isolés, les plus défendus… Rien n’y fait. L’Homme continue à se faire la guerre, à se morfondre, à se détruire, à s’ennuyer, à passer à côté de l’essentiel. C’est le règne de la morosité ou même de la terreur.
Cette réalité heurte certains ou crée un malaise chez d’autres. De la consultation privée au cours de laquelle le patient déroule sa vie, ses fantasmes, sous l’œil scrutateur du médecin, aux weekends pour cadres étreintés, en passant par des séances de groupe où l’on est encouragé à hurler, à se rouler à terre, à bouder, à vider son agressivité, la psychanalyse et toutes les autres sciences en « psy » ne se sont jamais aussi bien portées qu’à ce jour. D’autres préfèrent ne pas se poser de questions et, sans être heureux, ils s’enfoncent dans des habitudes rassurantes. Bref, si la civilisation occidentale fait tout pour améliorer le niveau de vie, le résultat ne répond pas encore, et peut-être moins que jamais, aux attentes.
L’Homme est malade de l’ennui parce qu’il confond tout, richesse et sentiment, génie et argent, bonheur et puissance, culture et politique, sport et violence, détente et snobisme, plaisir et affirmation de soi. Chacun a horreur d’appeler par son véritable nom sa démarche. Tout le monde préfère ne point trop se connaître. Se révéler à soi est un acte difficile, mais il est indispensable de passer par là pour être soi. Or, vivre à sa mesure et savoir ce qui est bien et pas bien pour soi, est le seul moyen, non seulement d’éviter l’ennui, mais également de se rapprocher du bonheur.
Jacques Brel a dit : « Le plus grave n’est pas de tromper sa femme, mais de se tromper de femme ». Terrible vérité. Elle ne s’applique pas seulement à notre compagne, mais aussi à nos amis, à notre travail, à notre façon de vivre. Il faut savoir ce qui nous convient et arrêter de tout confondre. Il faut savoir admirer le merveilleux spectacle de la vie et découvrir le rôle qui est le sien dans cette gigantesque mise en scène. Un rôle qu’il faut apprendre à nuancer selon sa propre personnalité. Et cela, sans duplicité et sans se raconter des histoires.
L’Homme s’ennuie volontiers parce qu’il se repaît de chimères. Il aimerait souvent se trouver à la place d’un autre, rêve épouvantable s’il en est, car personne ne remplace personne. Peut-être êtes-vous un merveilleux génie dans un monde mineur ou dans un domaine tout à fait inattendu. Il ne faut surtout pas croire à un schéma, mais en une sensation : sachez quand et comment vous vous sentez bien, quand vous êtes heureux d’exister. Non pas cinq ou six minutes, mais avec constance. Etre soi est la première condition pour ne pas s’ennuyer. Les sensations de votre enfance vous éclairent bien souvent plus à ce sujet que les livres de psychanalyse les plus sophistiqués. Quant aux moments de doute, ils existent pour tous, et il est plus sain d’avoir des doutes que de ne pas en avoir. Il faut simplement savoir les traverser avec courage.
J’ai entendu : « Seuls les êtres qui exagèrent sont passionnants ». Des mots qui paraissent en pleine contradiction avec l’équilibre bienheureux de la constance de se sentir bien. Contradiction superficielle, seulement si exagérer fait partie de votre être, à vous de le savoir et de canaliser vos passions pour votre épanouissement. Avec toutefois une limite : le respect de l’autre, qui commence par la compréhension de l’autre.

















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